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RESSOURCES HUMAINES

Denis Morin

Denis Morin, Ph.D.,professeur agrégé en gestion des ressources humaines, École des sciences de la gestion, Université du Québec à Montréal

 

12 février 2009

 

Prévenir le stress en entreprise

Une feuille de route à appliquer

 

Raynald Bouchard
raynaldbouchardmedia@yahoo.ca 

 

Fléau des temps modernes, le stress n’épargne personne, avec des conséquences dramatiques pour certaines entreprises qui n’ont pas veillé à mettre sur pied des mesures pour le contrer : augmentation de l’absentéisme, perte de concentration, taux de roulement de personnel élevé, diminution de la performance et de la productivité, plaintes de la clientèle et hausse des demandes d’indemnisation.

 

Denis Morin, professeur en gestion des ressources humaines à l’UQAM, dresse un constat de la situation au Québec et propose des pistes de solutions à ce problème qui touche particulièrement les PME.

 

Premier constat : Le contexte économique est devenu favorable à l’intensification du travail, sans aucune garantie en retour. « Tous les employés savent désormais que leur employeur n’hésitera pas à sabrer les dépenses de main-d’oeuvre. Les gestionnaires sont donc en mesure d’exiger des concessions et des efforts supplémentaires des travailleurs, en faisant planer des menaces crédibles de perte de clientèle, de forte concurrence et même de fermeture d’établissement. »

 

Second constat : Le travail actuel est contraignant et il comporte des risques trop fréquemment sous-estimés. « Dans un environnement d’insécurité économique qui stresse tout autant la personne que l’organisation, la surcharge de la tâche et les normes très élevées de productivité poussent parfois les employeurs et les salariés vers des actions nocives pour la santé. »

 

Troisième constat : Un volume de travail important, de fortes exigences intellectuelles et des délais de production serrés sont des facteurs déterminants du stress. « Ils peuvent devenir un cocktail dévastateur s’ils se combinent, chez les employés, à une faible autonomie ainsi qu’à un manque de créativité ou d’occasions d’utiliser et de développer leurs compétences. »

 

Sources de stress en entreprise au Québec

58 %

Vie au travail

18%

Surcharge de travail

13%

Problèmes avec les patrons

30%

Journées d’absence reliée au stress

400 %

Travailleurs indemnisés depuis 1990

6 millions

Nombre de journées perdues annuellement

 

Identifier les véritables sources de stress

Outre la surcharge de travail, les sources de stress se retrouvent dans l’absence de reconnaissance de la part de l’employeur. « On parle ici d’estime de l’entourage, de la stabilité d’emploi, des horaires, du salaire et de la possibilité de progresser dans la carrière. S’y ajoutent de pauvres relations avec le supérieur et les collègues, une faible circulation de l’information en ce qui concerne l’individu et l’organisation, un manque de clarification du rôle de l’employé et l’éloignement du pouvoir décisionnel. »

 

Signes annonciateurs

Une récente étude de l’Ordre des psychologues du Québec a recensé les principaux signes avant-coureurs du stress chez l’employé : sommeil perturbé, fatigue, perte de productivité, baisse de créativité, troubles de concentration, sentiment d’inquiétude, de découragement ou de tristesse, difficulté à se détendre, irritabilité, maux de tête, douleurs musculaires et problèmes digestifs.

 

« La résistance des personnes au stress n’est pas illimitée et, en dernier ressort, l’épuisement guette celles qui sont ainsi sollicitées au-delà de leurs capacités d’adaptation. Il est désormais reconnu que le stress négatif est générateur d’une tension mentale qui peut mener à la dépression.»

 

Une feuille de route pour réduire le stress

Certains chefs d’entreprise espèrent de bonne foi rehausser la capacité d’adaptation des employés par des formations de type gestion du stress ou du temps. « Bien qu’utiles, ces initiatives ont des effets limités, surtout si rien n’est accompli pour s’attaquer aux sources du mal. Dans les faits, seulement 22 % des PME possèdent des politiques particulières pour remédier aux problèmes de santé et, d’une façon générale, plus de 40 % des employeurs sont loin de faire assez d’efforts concrets. Voici une feuille de route qu’ils devraient adopter comme code d’entreprise. »
 

1.

La reconnaissance au travail

2.

Le soutien social

3.

Le respect au travail

4.

La conciliation travail et vie personnelle

5.

Le dosage convenable de la charge de travail

6.

La participation aux décisions

7.

La clarté du rôle au travail

 

Des solutions efficaces et imaginatives

Parmi les actions à envisager pour mettre en application une telle feuille de route, les propriétaires de PME devraient encourager la tenue régulière de réunions de groupe ou d’équipe. « Il s’agit d’une excellente occasion de clarifier les rôles, les responsabilités, la charge de travail et les pouvoirs de chacun. On en profitera pour partager de l’information sur les activités de l’entreprise, discuter des problèmes existants et avancer des solutions efficaces. »

 

D’autres mesures sont à la portée de l’employeur. Favoriser un style de gestion participative représente un très bon moyen d’améliorer les relations entre dirigeants et employés tout en augmentant le sentiment d’appartenance de ces derniers ainsi que leur degré de participation aux décisions.

 

La qualité de l’environnement des lieux et des conditions de travail ainsi que la formulation explicite de la reconnaissance envers les travailleurs font également partie de ces solutions imaginatives.

 

« Les dirigeants d’entreprises devraient être en mesure de présenter à leur personnel des séminaires portant sur la prévention des problèmes de santé psychologique au travail, tenir des ateliers sur l’adaptation aux changements et établir un réseau d’entraide pour supporter les personnes qui éprouvent déjà les symptômes du stress. »

 

Les employés peuvent jouer un rôle déterminant

L’employeur n’est pas le seul à devoir faire face au problème. Ces quelques conseils s’adressent aux employés et sont susceptibles de les aider à surmonter le stress :

  • Apprenez à reconnaître les signaux que votre corps vous envoie.

  • Sachez déléguer si possible et n’assumez pas toutes les responsabilités.

  • Proposez des changements dans votre travail

  • Partagez les irritants avec vos collègues et votre gestionnaire et tentez de trouver des solutions acceptables pour tous.

  • Développez un bon réseau de soutien; il est nécessaire d’avoir de l’aide pour traverser certaines périodes difficiles.

  • Accordez-vous des moments de loisir; en plus de vous détendre, ces activités vous aideront à vous ressourcer.

  • Faites de l’exercice; cela favorisera la détente des muscles tout en augmentant votre résistance au stress.

     

En conclusion, la gestion du capital santé en milieu de travail doit être considérée comme une fonction d’entreprise au même titre que la comptabilité, le marketing ou les opérations. « L’exclure du processus global comporte des risques importants pour la survie de l’entreprise dans le contexte d’une concurrence grandissante qui continuera d’affecter tous les secteurs économiques. »